Notre ami Jean-Jacques Régnier, le secrétaire de rédaction de Fiction, vient de s’entretenir avec Bertrand Campeis à propos d’histoire, de temps, d’uchronies… et de la revue Fiction. La première partie de cet entretien se lit ici, et la seconde ici.
Archives de l’auteur : André-François Ruaud
Rétro-futur, chro 4
Des mots doux de Jean-Luc Rivera pour sa rubrique « coups de coeur » dans les pages du site ActuSF, sur Rétro-futur ! de Raphaël Colson.
» (…) L’ensemble du livre est très beau, depuis sa couverture par David Alvarez que je trouve absolument magnifique et résumant fort bien le sujet jusqu’à la troisième partie du livre, « Vintage », où l’on découvre les communautés rétro-futurs de la toile, les tendances du graphisme ou celles du rétro-design automobile. Le chapitre consacré aux « Souvenirs des cités futuristes d’antan » (p. 139) est d’une beauté saisissante et glaciale dans ses illustrations (…). »
Au travail !
Et les auteurs des Moutons électriques, ils font quoi en ce moment ? Eh bien, par exemple… Timothée Rey poursuit son énoooorme planet opera, titre provisoire et peut-être définitif, on verra : Vains jouets du vent. Jean-Philippe Jaworski, on l’a déjà dit, avance dans sa non moins énorme trilogie Rois du monde, tandis que Sébastien Hayez en prépare les couvertures. Jean-Marc Lainé avance dans un Miroir-BD sur Stan Lee. Alex Nikolavitch est sur son Miroir autour des Apocalypses !. Alexandre Mare achève son Tarzan, une vie, tout en recrutant du beau linge pour Paris, une physionomie. Johan Heliot prépare plusieurs inédits pour son recueil en Voltaïque, fort joliment intitulé Johan Heliot vous présente ses hommages. David Calvo revient de Los Angeles, où il a mis en train son Miroir sur l’histoire de Disneyland avec un collègue graphiste. Julien Bétan cogite à un Miroir-BD sur l’œuvre de Jirô Taniguchi, tout en traduisant les enquêtes aériennes du Griffon d’Arch Whitehouse, du pur pulp. Le capitaine Ruaud a bouclé avec Xavier Mauméjean quatre chapitres tout neufs de Hercule Poirot, une vie, avant de s’attaquer au gros du chantier ; et a également bouclé trois promenades à Londres et un article, en vue de Londres, une physionomie…
Un mois sous les mers
Les stocks de notre nouvel ouvrage de luxe, Un mois sous les mers de Tancrède Vallerey, sont arrivés ce matin. Tirage limité à 50 exemplaires, couverture toilée sous jaquette, fer doré sur le dos, papier ivoire, illustrations de Maurice Toussaint : en vente exclusive sur notre site. C’est le seizième hardcover que nous publions ainsi, dans une démarche d’amour des beaux livres — et nous sommes le seul éditeur à faire cela, apparemment. Douce folie ? En tout cas, sur ces 16 volumes, 6 sont épuisés. C’est le savoir-faire d’un imprimeur anglais qui nous permet de réaliser de tels tirages, aussi limités.
Extrait de la préface de Patrick Marcel :
(…) Le roman de Vallerey est sorti en 1933, une année qui paraît avoir connu plus que sa part d’événements marquants, dans une période faste pour la fiction, sinon pour le monde : tandis qu’Adolf Hitler accède au pouvoir, semble s’exprimer une envie d’autres mondes exotiques, au-delà de l’horizon sinistre d’une Crise désormais bien ancrée. Cette année-là, outre-Atlantique, sortent au cinéma King Kong, en kiosques Doc Savage et ses fantastiques aventures, et en librairies Horizons Perdus de James Hilton, et sa vallée perdue de Shangri-La ; dans les quotidiens étasuniens, c’est la grande période des comic strips d’aventure. Une Amérique qui fascine l’Europe : Zig et Puce se sont évertués à y aller, Tintin en revient, les pensionnaires de Saint-Agil comptent s’y rendre.
Un Mois sous les mers appartient à l’esprit de cette période, mais procède d’une inspiration plus européenne, cependant ; britannique, plutôt qu’américaine. Son intrigue commence de façon classique, proche en somme des Voyages fantastiques de Jules Verne, en particulier de son Voyage au centre de la terre, mais il ne s’agit pourtant pas d’un roman de monde perdu, comme en ont fourni maints auteurs depuis l’ère victorienne, du domaine de l’Ayesha de H. Rider Haggard jusqu’à la Terre de Maple White d’A. Conan Doyle. Dans ces affaires de monde perdu, c’est en général vers un passé révolu de notre monde que tendent les efforts des héros. Lorsque sort Un Mois sous les mers, la donne a changé. On regarde ici vers l’avenir, on en appelle à la science. Celle, supérieure en bien des points, du royaume de Guaninco, mais d’emblée aussi les avancées de savants géniaux, œuvrant pour le Savoir, en dépit des sots et des moqueurs : preuve de leur génie, le mystérieux « bolide » de Stanton et Randal dépasse déjà les possibilités de l’époque. La science constitue le moteur et le grand enjeu de l’histoire. Une Science idéaliste et idéalisée, porteuse d’avenir et de promesses – mais pas glorifiée au point de ne pas évoquer ses erreurs et ses dévoiements.
L’ouvrage frappe également par sa vivacité de ton – même s’il reste évidemment très châtié pour nos habitudes – et, en somme, par sa vie. Certes, le livre vise les adolescents, mais la recherche du maintien de l’intérêt du lecteur n’est jamais condescendante ; de fait, l’étiquette « tous publics » convient sans doute à merveille. La voix du narrateur, jeune homme irréprochable, résolument moderne, a l’allégresse sportive des Années folles finissantes (peut-être est-ce cette considération qui a poussé Maurice Toussaint à supprimer sur ses illustrations la moustache dont le texte gratifie Maxence ?). Mais sans doute cette énergie émane-t-elle simplement de Tancrède Vallerey lui-même : le livre témoigne d’un élan indéniable, que révèle une ponctuation souvent farfelue (dont les excès ont été un peu atténués ici) qui relaie directement, par la plume ou le clavier de la machine à écrire, l’enthousiasme ou la hâte de l’écrivain. (…)


