La parole au gérant

Eh, il y a not’ boss, Raphaël Colson, qui parle sur le webzine ActuSF.

Raphaël répond aux questions de Bertrand Campeis, à propos de ses recherches, de l’organisation des Moutons électriques, de Miyazaki, et bien sûr, surtout, de son tout récent Rétro-futur ! — extrait :

« Depuis son apparition, au début des années 1980, le rétro-futurisme constitue un courant créatif qui n’a pas cessé de s’étoffer et de s’enrichir au fil du temps et je pense qu’il a encore de belles années devant lui. Son évolution prendra sans nul doute des formes différentes, mais il est certain que nous n’en avons pas terminé avec l’exploration du passé. Viendra un temps où les années 1970 et 1980 deviendront le terreau d’une fiction rétro-futuriste – comme le suggère la blague du dessinateur Boulet sur son blog, avec son histoire de « Formicapunk ». La grande force du rétro-futurisme, au même titre que le cyberpunk, c’est de pouvoir se décliner en un ensemble de sous-courants, et quand l’un d’eux décline, un autre prend la relève. Toute chose se développe puis se meurt, provisoirement ou définitivement. L’histoire du steampunk illustre pleinement ce type d’évolution. »

Mars 2012

Le mois de mars est aux moutons électriques ce que les giboulées sont à la météo : l’occasion d’un grand écart, formel et thématique, entre nos deux nouveautés. D’un côté, un essai, qui pour s’intéresser à la fiction ne s’ancre pas moins dans la rugosité de l’existence ; de l’autre, un roman qui, au propre comme au figuré largue les amarres, délaissant les rives rassurantes de nos certitudes scientifiques pour voguer allègrement vers les terres inconnues de notre imaginaire.

Notre premier titre, Extrême ! de Julien Bétan, sous couvert d’une exploration du cinéma qui dépasse les bornes (mondo, snuff, torture flicks, survival, nazisploitation, etc.), propose de réintégrer une production méconnue et souvent méprisée dans la dynamique générale du 7ème art. La violence graphique, dans sa dimension la plus extrême, est ici envisagée comme une conséquence plutôt que comme une cause de la violence réelle, confrontant les censeurs et les moralisateurs à leurs propres contradictions. Loin d’une tentative d’épuisement de ce vaste sujet, l’auteur nous invite à une promenade libre sur des sentiers peu fréquentés, questionnant au passage les rapports ambigus entre spectateur et violence, censure et liberté d’expression, cinémas d’auteur et de genre, exploitation et démarche artistique. Un propos passionné mais néanmoins distancié, s’adressant autant aux amateurs de cinéma « vomitif », qu’à ceux, plus nombreux, qui s’interrogent sur la place de l’image dans nos sociétés.

Le second titre de ce mois de mars, Un mois sous les mers de Tancrède Vallerey, constitue quant à lui un fort bel exemple de la vivacité de la littérature populaire française de l’entre-deux-guerres. Paru en 1937, il démontre avec suspense et une propension à l’émerveillement peu commune que la science-fiction existait en France, sous sa forme actuelle, sans référence obligée à un genre que les Américains s’approprièrent. Les références de Vallerey, ce sont plutôt les récits de Rosny aîné et ceux d’H. G. Wells, donc une tradition spéculative européenne — mais le « sense of wonder » est bien là. Narrant les péripéties d’un voyage, non pas dans les grands fonds marins mais bien en-dessous, ce texte faussement linéaire surprend par sa modernité et son implacable mécanique, qui embarque imperceptiblement le lecteur vers une conclusion digne des plus grands classiques. Un roman jouissif et jouissant d’une présentation à la hauteur de ses qualités : un hardcover en tirage limité et numéroté, relié sous couverture rigide toilée grise avec fer or sur le dos et jaquette couleur, dont la souscription est dès aujourd’hui ouverte. Les illustrations d’origine sont toutes restaurées, la couverture aussi, et l’ouvrage préfacé par l’essayiste et traducteur Patrick Marcel. À l’instar de la Cité des Ténèbres de Léon Groc, il s’agit là pour nous d’un coup de cœur, d’une envie de retrouver le puissant goût d’enfance de l’anticipation d’antan. Par nostalgie ? Non : par passion.

Une passion qui nous conduit d’ailleurs à travailler actuellement et d’arrache-pied sur une nouvelle collection, qui sera lancée l’an prochain. Une collection de redécouverte de la littérature populaire, qui mènera ses explorations non seulement du côté de l’anticipation, mais aussi de celui du roman policier, du roman feuilleton, de l’aventure ou du cape et d’épée. Le Rayon vert sera son nom et André-François Ruaud planche sur le programme des deux premières années, avec l’indispensable collaboration de spécialistes comme Christine Luce, Alexandre Mare et Serge Lehman. Mais on en reparlera le temps venu !

Débuts et des dents

Nous venons de mettre en ligne les introductions de deux nouveautés : Rétro-futur ! et Extrême !, avis à la population.

Et, sans rapport aucun, en effectuant hier des recherches pour les Bibliothèque rouge sur Paris et Londres, nous avons trouvé cette belle publicité (in Le Figaro du mardi 20 août 1929), que nous ne pouvons que dédier à nos amis Sophie Dabat, Élisabeth Campos et Richard D. Nolane…