Une belle chronique de « La Fenêtre de Diane » !

Chez les Moutons électriques, on adore les articles de La Faquinade, surtout quand leur sujet se trouve être l’un de nos livres. Rien de plus gratifiant pour un éditeur que de tomber sur une « âme sœur », aussi enthousiaste que nous-même pour un des livres que nous publions. Jugez-en vous même en lisant cet article de Vil Faquin :

La Fenêtre de Diane

 » Pour en revenir à La Fenêtre de Diane, sa nomination comme finaliste du Prix Exégète n’a finalement rien d’un hasard. Un roman d’une telle maturité et d’une telle force métaphysique et philosophique, seule la science-fiction française a pu en produire par le passé et, malheureusement, seulement par le passé. Avec des aspects très récents et très efficaces, l’écriture de Dominique Douay arrive à nous transporter dans les pages d’un bouquin existentialiste des années 1970 ou du début des années 1980 tout en nous plongeant paradoxalement dans une expérience de vie postérieure. Un paradoxe en soi !

Et c’est en tout cela – et bien plus tant je suis persuadé de passer à côté d’une bonne partie de la moelle de l’ouvrage – que vous vous devez de le lire, si ce n’est pas déjà fait. Plus qu’un chouette livre, c’est un manuel que Diane vous propose. »

Rite de passage, un livre intime, par André-François Ruaud

Rite de passag
Nous vous livrons régulièrement des « mots de l’éditeur » sur nos nouveautés, juste un petit texte à chaque fois afin de vous expliquer, de manière très personnelle, comme en confidence, l’origine d’un livre…
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IL Y A DES ROMANS QUI SONT « CULTES », de ceux que l’on relit de manière régulière, pendant des années, et auxquels l’on revient toujours. Il peut s’agir d’un roman célèbre, d’une grande œuvre du genre du Seigneur des Anneaux, de Dune, des Jane Austen ou des Harry Potter, par exemple. Dans d’autres cas, il s’agit de textes qui peuvent nous être plus personnels, qui nous parlent intimement, un petit peu comme si ce roman précis n’avait été écrit que pour nous.

En ce qui me concerne, le rapport à ces livres « intimes » se prolonge souvent par un désir d’en être l’éditeur, et lorsque c’est possible, il s’agit d’une jolie victoire, de la réalisation d’un rêve de jeunesse… C’est le cas par exemple de Rite de passage, un roman américain de science-fiction qui obtint le prix Nebula en 1968. Son auteur, Alexei Panshin, n’a pas fait une immense carrière : après ce premier succès, il débuta une série de space opera à la fois dandy et humoristique, les aventures d’Anthony Villier — mais soit que l’auteur s’en lassa, soit que le succès commercial ne fut guère au rendez-vous, en tout cas après trois tomes, le quatrième titre, annoncé, ne vit pas le jour et Alexei Panshin cessa d’écrire de la fiction pour se consacrer surtout à une activité d’essayiste. Pour ma part, ayant découvert ce roman vers mes 20 ans dans sa traduction chez Opta « Galaxies Bis », j’ai immédiatement été touché par la voix ô combien naturelle et humaine de sa protagoniste, l’atmosphère réaliste d’une intrigue pourtant située à bord d’un immense vaisseau spatial…

Et je n’ai plus cessé de revenir à ce roman, de temps en temps.

Triste qu’il n’ait jamais été réédité, je l’ai chroniqué dans une revue, puis lui ai consacré une part de chapitre de ma grosse étude Space Opera !, avant d’encore y revenir en postface d’un roman de Brian Aldiss dont j’avais eu l’occasion de réviser la traduction pour Folio-SF, Croisière sans escale, sur le même thème des vaisseaux générationnels.

Et puis voilà : les Moutons électriques s’étant lancés avec nos collègues ActuSF et Mnémos dans l’aventure d’une collection au format de poche, Hélios, j’ai soudain réalisé que l’occasion était belle de devenir moi-même l’éditeur de ce roman tant aimé. L’auteur accepta tout de suite, et… il s’avéra que la vieille traduction n’était pas franchement d’un très bon niveau, il fallait absolument la réviser, ce que fit une proche collaboratrice. C’est hélas presque systématique avec ces vieilles traductions, les éditeurs de SF d’antan ne s’embarrassaient pas vraiment de qualité et de fidélité textuelle. Enfin, voici : Rite de passage d’Alexei Panshin est le n°52 d’Hélios !

André-François Ruaud
Un extrait en ligne ici : https://issuu.com/helioscollection/docs/extrait_riteSur notre site : http://www.moutons-electriques.fr/livre-396

Une boucle enfin bouclée, par André-François Ruaud

L'épée de l'hiver, Marta RandallNous vous livrons régulièrement des « mots de l’éditeur » sur nos nouveautés, juste un petit texte à chaque fois afin de vous expliquer, de manière très personnelle, comme en confidence, l’origine d’un livre…

L’AN DERNIER, LES MOUTONS ÉLECTRIQUES ONT NÉGOCIÉ avec le CNL l’octroi d’une subvention en vue de l’acquisition d’un certain nombre de droits étrangers. La subvention fut attribuée mais les négociations pour le projet visé tournèrent vite court, et nous décidâmes par conséquent de nous tourner vers deux autres solutions de développement — l’une qui est encore en cours, et l’autre par l’achat, tout simplement, de quelques romans étrangers, ce que les Moutons électriques ne font pas d’ordinaire. La collection de poche Hélios ayant notamment besoin qu’on lui apporte un peu de patrimoines solides, j’ai donc négocié avec deux vétérans de la SF US, Alexei Panshin et James Gunn, pour quatre romans. Et puis pour le grand format, j’ai approché une agente censément redoutable — et elle accepta sans grande difficulté de nous céder les droits de trois romans d’une autrice que nous avions envie d’essayer d’imposer en France, Lisa Goldstein. On en reparlera !

Et puis encore, ayant pas mal relu de fantasy des années 80 depuis deux ans, dans l’idée déjà de trouver une plume US à imposer en France, je m’étais souvenu avoir adoré un chef-d’œuvre isolé, L’Épée de l’hiver de Marta Randall, autrefois paru dans une collection mourante, le CLA de chez Opta. Cette autrice n’a guère fait carrière, mais ce roman-ci m’était bien resté en tête et je le relus avec délectation. Il me sembla même plus d’actualité que jamais, entre son aspect quasi Game of Thrones dans les complots dynastiques, et dans les quelques discrètes touches steampunk de son décor. Le hasard faisant bien les choses, l’agente était la même que pour Lisa Goldstein, et la traductrice de l’époque était une copine. L’affaire fut donc faite. Enfin, cherchant sur le web des chroniques pour alimenter le texte de quatrième de couverture (exercice toujours délicat que la rédaction de ces présentations), je tombai… sur une critique par ma propre plume ! J’avais oublié avoir chroniqué ce roman dans les pages de la revue Fiction, où j’avais fait mes premiers pas (texte lisible sur le site nooSFere). Ainsi la boucle est-elle bouclée : j’avais aimé et chroniqué ce roman méconnu, et une trentaine d’années plus tard j’en deviens l’éditeur.