Panorama, le retour

Dans la profession d’éditeur, l’on nomme « justifs » les premiers exemplaires qui sont expédiés directement et en avance par l’imprimeur afin que nous puissions vérifier la qualité de la réalisation du produit. De fait, de nos jours les « justifs » sont simplement des exemplaires prélevés sur le tirage effectué, mais il n’en reste pas moins que c’est chaque fois une joie que de recevoir ces premiers livres, un mois ou deux avant leur sortie en librairie. Ainsi par exemple du Panorama illustré de la fantasy & du merveilleux, livre culte s’il en fut. Début septembre, il connaîtra sa troisième édition, cette fois en format semi-poche, sous le label « Hélios » : 640 pages couleur, révisé, que du bonheur ! Nouvelle couverture par Melchior Ascaride, mise en page d’après la base graphique de Sébastien Hayez, quatre articles nouveaux, diverses retouches et mises à jour, iconographie légèrement renouvelée…

Une encyclopédie d’André-François Ruaud avec la collaboration de Gabriel Yacoub, Terri Windling, Frédéric Weil, Michael Swanwick, Thierry Sportouche, Timothée Rey, Harry Morgan, Mireille Meyer, P. J. G. Mergey, Xavier Mauméjean, Patrick Marcel, Christine Luce, Jean-Marc Lofficier, Nicolas Le Breton, Nicolas Labarre, Stephen Jones, Jean-Philippe Jaworski, Anne-Sylvie Homassel, Rhys Hughes, Pierre-Paul Durastanti, Catherine Dufour, Sara Doke, Coralie David, Olivier Davenas, Fabrice Colin, Fabien Clavel, Jean-Daniel Brèque, Francis Berthelot et Ugo Bellagamba.

Août 2018

Dans l’édition française, l’été est toujours une période entre-deux, sans nouveautés… et puis soudain, fin août tout repart, avec les premières nouveautés de la rentrée qui déboulent en librairie !

Et quelles nouveautés : nous ne sommes pas peu fiers d’avoir découvert une nouvelle plume, Margot Delorme, dont le roman Le Dompteur d’avalanches nous a réellement surpris et séduit par sa fraîcheur. Décors splendides, langue lyrique, créatures étonnantes à la Miyazaki, ancrage dans les folklores alpins, nous tenons là une fantasy qui sait être à la fois universelle (le pouvoir des mythes) et très française d’expression (la culture savoyarde), le tout dans des décors montagnards qui ne sont vraiment pas très courants dans le genre : une perle pour cette nouvelle « Rentrée de la fantasy française » !

Et puis voici qu’arrive enfin un monstre de beauté, un exploit pour un petit éditeur comme nous : Japon ! Panorama de l’imaginaire japonais, de Julie Proust Tanguy. Un beau livre exceptionnel, un voyage thématique : vous y découvrirez comment se sont forgées les différentes formes de récit japonais, depuis l’ancestral Kojiki jusqu’aux innovations du jeu vidéo. Vous apprivoiserez les différents personnages qui peuplent ces histoires : les kaiju, school girls et avatars du Guerrier vous révèleront les valeurs qui les animent et les esthétiques qui les portent. Et si les facéties des yōkai et la menace sombre des futurs apocalyptiques ne vous ont pas fait fuir, peut-être même distinguerez-vous, à travers les échos de la musique nippone ou dans le jaillissement de ses saveurs élégantes, le rapport étonnant que le Japon entretient avec le temps et l’espace…

Inattendus, les deux tomes clôturant la saga Zigomar, de Léon Sazie, vont arriver déjà fin septembre, et ils sont donc en souscription. Le génie du mal, qui précédera le Fantômas de Souvestre et Allain de quelques mois, fit frémir les lecteurs 164 épisodes durant dans le journal Le Matin en 1910. Jamais réédité depuis la première moitié du vingtième siècle, c’est une portion importante de la littérature populaire qui est remise à sa juste place : à la disposition des lecteurs. Les volumes 5 et 6 réunissent le dernier cycle, « Peau-d’Anguille ». Texte établi par Jean-Daniel Brèque (tirage limité à 99 exemplaires).

L’Indé n°11

Deux fois l’an, le collectif dont nous faisons partie (les Indés de l’imaginaire) publie un magazine gratuit, L’Indé. Nous venons juste de boucler le onzième, qui sortira en septembre. Lecteurs, demandez-le à votre libraire ! Libraires, demandez-le à Harmonia Mundi Livre ! ISBN 978-2-36183-522-4

« Le Camphrier est une dystopie douce » par Nicolas Labarre

Nous vous livrons régulièrement des « mots de l’éditeur » sur nos nouveautés, juste un petit texte à chaque fois afin de vous expliquer, de manière très personnelle, comme en confidence, l’origine d’un livre… Cette fois, c’est Nicolas Labarre qui évoque son roman dystopique « Le Camphrier dans la ville flottante« .

Le point de départ du livre, c’est une crise de l’information, l’apparition d’une intolérance subite, qui limite drastiquement la capacité de l’humanité à utiliser ses écrans, ses livres et l’ensemble des sources de son savoir et de sa culture. Dans le même temps le climat et l’économie périclitent, mais tout cela reste à l’arrière-plan. La crise de l’information a grippé la mécanique du monde, ce beau « système du monde » tel qu’on l’imaginait déjà au xviiie siècle, mais sans provoquer de catastrophe brutale, plutôt une usure lente et inexorable. J’avais été frappé il y a quelques années par un passage dans l’aéroport de Détroit, un lieu abominable entièrement fait de couloirs, de moquettes grasses et d’odeurs artificielles, qui sert pourtant de plaque tournante au trafic aérien aux États-Unis. On y reste peu, et les gens qui y transitent font beaucoup d’efforts pour ne rien remarquer, en attendant seulement de pouvoir reprendre le prochain vol. J’ai voulu garder cette idée qu’un effondrement assez lent n’oblige pas à renoncer aux habitudes prises dans des périodes plus prospères, qu’il est possible de traverser un lieu en plein déclin sans chercher à s’y adapter, sans même le regarder vraiment. Mes personnages ont peu d’envie de barbarie ou de décadence, ils aspirent seulement à faire leur travail, à poursuivre l’élan du xxe siècle avant d’être obligés de faire face à l’ampleur du changement. Évidemment, ça ne va pas se passer tout à fait de cette manière.

Le livre parle beaucoup de cinéma…

Le cinéma, c’est l’art du xxe siècle, justement, et un des symboles de la mondialisation, culturelle autant que diplomatique. Dans le livre, la diplomatie d’Hollywood a fini par se confondre avec celle des États-Unis, un peu comme elle a pu le faire pendant la guerre froide, durant laquelle le syndicat des producteurs américains coordonnait toutes ses actions d’ampleurs avec le ministère des Affaires étrangères. J’ai une passion un peu fétichiste à la fois pour le cinéma et pour la façon dont un auteur comme Ballard parle des images, et j’étais très heureux de pouvoir créer une filmographique imaginaire pour mes personnages, dont je parle peu mais qui existe de façon très détaillée dans mon imagination. M’appuyer sur une œuvre fantasmée était aussi une bonne façon d’éviter de tomber dans le piège de la citation à outrance, du clin d’œil. Les personnages du roman aiment sincèrement le cinéma, mais je voulais que le cinéma dont ils parlent soit aussi étrange, aussi fragmenté et usé que le monde dans lequel ils évoluent.

Pourquoi la ville flottante ?

La ville flottante du titre est empruntée à Jules Verne, c’est le titre d’un court roman un peu obscur qui raconte une traversée de l’Atlantique, avec toute la fascination que pouvait exercer un navire de croisière moderne à la fin du xixe siècle. J’avais envie de reprendre ce sens du merveilleux, de le soumettre à l’usure du temps, sans renoncer tout à fait à l’idée d’un lieu titanesque, à une échelle surhumaine. J’ai aussi beaucoup pensé à une bande dessinée de Christophe Blain, Le Réducteur de vitesse, dont la couverture montre un flamboyant transatlantique vert, que l’intrigue parcourt dans tous les sens et qui ne cesse pourtant pas d’être labyrinthique. Il me semblait qu’il y avait là un lieu idéal pour une science-fiction du déclin : un symbole de la puissance de révolution industrielle et de la mondialisation du xixe siècle, transformé en un espace infini et claustrophobe, poursuivant son chemin quand tout ralentit autour de lui.

Nicolas Labarre