Dévoreur de Stefan Platteau (extrait)

Couverture de Dévoreur

Dévoreur de Stefan Platteau, une fantasy indépendante dans l’univers des Sentiers des Astres

« Elle s’est embrasée dès l’instant où j’ai posé mon regard dessus. Son nimbe a dévoré les autres astres pour emplir la moitié du ciel, sans un bruit. La lune s’est éteinte pour lui faire place nette, elle s’est réduite à une vague empreinte luminescente reléguée dans les ténèbres de sa part de nuit. Il s’est mis à faire soudain terriblement chaud dans mes montagnes, chaud et clair. J’avais les oreilles qui bourdonnaient, les iris saturés de lumière, et le monde tournait tout autour de moi. Je titubais, comme ivre, tandis que ma peau buvait malgré moi toute la radiance de l’Astre et m’en gorgeait à nausée. J’ai cherché appui un instant contre le mur du refuge. J’ai enfoui mon visage dans le creux de mon coude pour préserver mes yeux de cet incroyable feu céleste, je me suis accroupi contre la bâtisse, puis recroquevillé sur moi-même. Alors j’ai senti décroître peu à peu la pression dans mes tempes, tandis que la nuit, par-delà mes paupières, retrouvait graduellement sa noirceur. L’étoile – la planète – était en train de se coucher derrière l’horizon.»
« J’ai rouvert les yeux. Toujours assis sur mes talons, j’ai levé la tête pour regarder les autres astres retrouver peu à peu leur place dans l’éther, et leur mouvement de tourbillon se ralentir, se ralentir, tandis que le silence emplissait tout de sa pesanteur. Et puis soudain, alors même que je croyais le phénomène terminé, une flambée de lumière s’est abattue du ciel. Comme un javelot de braise, elle a frappé le monde juste derrière le refuge. Il n’y a eu ni souffle ni vacarme, point d’embrasement, pas le moindre son, en fait ; mais j’ai senti sur le coup trembler le fond de mes os. »
« J’ai retenu ma respiration et j’ai attendu, sans plus oser bouger, que la folie du ciel manifeste sa prochaine lubie. C’est alors que j’ai perçu ce halètement lourd à quelque pas de moi. »

Dévoreur de Stefan Platteau, quand l’écriture chevauche les astres.

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La Fenêtre de Diane (extrait)

 

Couverture de la Fenêtre de Diane

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« Le Très-Haut n’écoute plus. Les yeux clos, il se masse le front et les tempes du bout des doigts. « Étrange, dit-il. J’ai cru… on aurait dit un souffle glacé à l’intérieur de mon crâne.
— Moi aussi ! s’écrie le surveillant. Mais c’est…
— Le marque-page, dit le lecteur. Il est revenu.
— Pas LE marque-page, DES marques-pages, corrige le surveillant. Chacun le sien. Je vais pouvoir retourner à la Bibliothèque.
— Et moi retrouver la Sapience.
— Moi… » Le Dragien s’est retourné. Il considère le fauteuil de malade avec perplexité. « La petite fille… Je ne peux quand même pas l’abandonner ici, dans ce lieu inconnu !
— Vous voulez la ramener à l’auberge ? À l’instant T-10 ou T-5, enfin quelques minutes avant l’anéantissement de ce monde ? Ici, dans cet endroit en marge du temps, elle se trouve à l’abri…
— À l’abri des nuées ? Elle en sera encore plus à l’abri si je l’emmène loin de l’instant où elles apparaissent… »

La Fenêtre de Diane de Dominique Douay, où quand la force d’évocation d’un Modiano rencontre l’esprit génial d’un Philip K. Dick.

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« Dix-huit heures vingt-sept. Elle enfourne le Français dans un taxi et disparaît derrière un groupe de hauts fonctionnaires des ministères proches tandis qu’il indique sa destination à un chauffeur plus intéressé par cette fille aux allures distantes que par son passager. Quoique rapide, sa démarche doit sembler étrangement empruntée à un improbable observateur. Combien de milliers de spermatozoïdes une seule éjaculation libère-t-elle ? Dix mille, cent mille, beaucoup plus peut-être, et il suffit d’un seul pour… Normalement, les statistiques sont en sa faveur, mais elle continue de marcher, les cuisses serrées, le ventre contracté. Un seul, mais pourquoi pas celui-là, justement, qui aurait la mauvaise idée de vouloir s’évader ? Dans ce cas, c’est sûr, tout serait à recommencer. Ça, il n’en est pas question.
Quand même plusieurs semaines à attendre avant le prélèvement. Le temps de faire des milliers de fausses couches. Il y a des jours comme ça où elle aimerait bien être un peu plus vieille.
Elle lisse une mèche dont les pointes peinent à atteindre le menton, examine son reflet dans une vitrine. Se laisser pousser les cheveux… après tout, c’est peut-être pas une si mauvaise idée. »

Jaworski en approche (bis)

Deuxième extrait de Chasse royale, le prochain volume des « Rois du monde » de Jean-Philippe Jaworski, à paraître fin mai :

Cette fois, la douleur d’Ambigat a été spectaculaire. Elle a été terrible, elle a fait trembler toute la maison royale. De ses propres mains, il a mis à mort le cheval qui avait tué son fils. Il ne l’a pas sacrifié : il l’a massacré, écumant de rage, comme on abat un être abject. Il ne l’a ni mangé, ni brûlé, encore moins exposé comme un trophée, ni même donné en pâture à ses chiens : tout cela lui paraissait trop noble pour l’animal qui lui avait pris son enfant. À la hache et au couteau, il a équarri la carcasse. Les membres, il les a fait jeter dans les fossés du Gué d’Avara, au milieu des ordures. La tête, il l’a plongée dans un cuveau rempli d’urine du quartier des tanneurs. Mais cette boucherie était impuissante à apaiser sa souffrance. Alors il s’est armé en guerre, il s’est retourné contre ses serviteurs, il est entré dans sa propre maison comme dans une place ennemie. Il a abattu ses  chevaux, il a traqué ses serviteurs, tué trois valets d’écurie et un cocher qu’ils croyait responsables de l’accident. Nous l’avons tous laissé faire. La haute reine goûtait un réconfort amer dans la folie de son mari, peut-être  parce qu’elle découvrait, dans sa désolation, qu’il avait aimé leurs enfants.

Jaworski en approche

Le deuxième volume de la série de Jean-Philippe Jaworski « Rois du monde » va paraître fin mai. En attendant, par curiosité ou par sadisme, allez savoir, un tout petit extrait… Il y en aura d’autres…

C’est alors que la fête commence vraiment. La courre n’est plus seulement la traque d’un animal : elle devient émulation. La lance à l’horizontale, balancée à bout de bras, les héros se jettent à travers la ramée, tout en flattant les limiers de la voix. À courir au milieu des chiens, à lutter contre le terrain lourd et les branchages rétifs, à écarquiller les yeux pour éventer les ruses du cerf, pour être le premier à crier la vue, on se fait un peu moins hommes. On souffle la gueule ouverte, on se frotte à l’écorce, le sang nous vient aux ongles. On hume un plaisir brutal et fuyant, avides d’une mise à mort qui tient du massacre et de l’offrande. On glisse dans nos forêts intérieures comme on perce dans ces taillis, et nous voici en train de rebrousser vers nos vérités crues, nos vies de  loups-cerviers.  L’effort de tous ces fauves qui filent à travers bois effare telle une promesse de guerre.