Mai 2018

Joli, le mois de mai ? Oh que oui, il est joli chez nous, croyez-le, nos moutons en sont tous bouclés !

On commence le mois par la réédition d’un roman de fantasy que nous considérons comme l’un des chefs-d’œuvre modernes du genre : L’Épouse de bois de Terri Windling. Prix Mythopoeic 1997 (c’est un peu le Nobel de la fantasy), ce voyage dans la magie du désert d’Arizona, avec ses cactus bavards et sa fée-lapin, est un grand, un très grand moment de merveilleux. Nous voulions lui redonner une actualité, alors nous n’avons pas lésiné sur la présentation : reliure semi-toilée, dos rond, traduction revue, tirage limité à 1000 exemplaires. Courez, il n’y en aura pas pour tout le monde !

Un autre événement, d’un tout autre genre, c’est la sortie dans notre collection de poche Hélios du centième volume. Eh oui, déjà 100 Hélios, et pour fêter ça toute l’équipe des trois maisons d’édition qui la conduisent vous a concocté un petit guide à la fois passionné et subjectif, large et bien argumenté, des 100 raisons d’aimer l’imaginaire. Et nous l’avons fait à seulement 2 € : réclamez-le à votre librairie !

Très attendu : il arrive, il approche, c’est le troisième volume de la grande saga de Stefan Platteau, les « Sentiers des Astres » : Meijo ! Le souffle magistral et les surgissements mythiques d’une très grande série, d’une voix majeure de la fantasy francophone — une nouvelle pierre à cet édifice remarquable, celui érigé par un auteur belge qui s’inscrit déjà parmi les meilleures ventes de l’imaginaire.

Et puis dans la tradition de nos tirages de luxe ultra limités, nous avons travaillé d’arrache-pied sur la récupération et la restauration de tous les textes formant la série policière pionnière de Toto Fouinard par Jules Lermina. Redécouvrez le plus grand détective parisien, subtil, révolté, perspicace, qui sait faire jouer les poings comme les petites cellules grises. Un bijou injustement méconnu du roman policier, une pièce maîtresse du genre datant de 1908-1909, qu’il était plus que temps d’exhumer et qui plaira notamment aux nombreux acheteurs de nos rééditions de Zigomar.

Dernière minute : nous apprenons avoir obtenu 2 prix Imaginales ! Bravo à Lisa Goldstein, pour Sombres cités souterraines (roman étranger, trad. P. Marcel) et à Tout au milieu du monde de Melchior Ascaride, Julien Bétan & Mathieu Rivero (prix spécial) !

Adrénaline

Il faut bien le reconnaître : les éditeurs sont de grands malades, accro aux livres… Et chaque mois, lorsque nous recevons les « justifs » (les premiers exemplaires en provenance de chez l’imprimeur) c’est le même rush d’adrénaline Voici par exemple le colis reçu à l’instant, des nouveautés de juin !

« Quel grand fun que ce barnum ! » par Nicolas Le Breton

Nous vous livrons régulièrement des « mots de l’éditeur » sur nos nouveautés, juste un petit texte à chaque fois afin de vous expliquer, de manière très personnelle, comme en confidence, l’origine d’un livre… Nicolas Le Breton vous explique par quelle sorcellerie inavouable il a conçu son Sherlock Holmes aux Enfers.

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Sherlock Holmes aux Enfers s’est fait avec un guide surprenant : les arcanes du Tarot. Non pas sous forme divinatoire, c’est-à-dire en faisant un tirage de cartes qui déterminerait les évènements au fur et à mesure, mais en prenant les lames dans l’ordre dans lequel elles ont été conçues. Les 22 lames sont autant de chemins et — à ma propre surprise — ces chemins ont remarquablement bien épousé les circonvolutions du récit… cela veut dire, j’en suis persuadé, que cet ordre des lames correspond à de profondes motivations de l’esprit humain. Ça a été une expérience fascinante que de le découvrir.

Sherlock Holmes aux Enfers restera un roman important de ma bibliographie, en termes d’évolution personnelle, en termes d’écriture. J’ai le sentiment, pour rien ne vous cacher, que c’est un des deux-trois ouvrages les plus importants de ma vie. Oui, je sais. Pour un auteur, le meilleur ouvrage, c’est toujours le prochain. Mais je pense sincèrement que celui-ci a été une formule magico-créatrice vraiment féconde.

Bien sûr il y a le sombre du thème, qui en fait une sorte d’Œuvre au Noir (une phase de destruction pour laisser place à une Renaissance) ; mais, au-delà, l’écriture de cet ouvrage a été une sorte d’évidence, comme la libération de thèmes personnels, voire intimes, que je ne savais pas — ou n’osais pas — aborder jusque là.

Obtenir une bourse de la Région Auvergne-Rhône-Alpes — c’est anecdotique, mais pas tant que cela — a été un bel encouragement, et m’a donné aussi je pense ce petit surcroit de confiance pour… lâcher les brides de mon imagination et de mon désir.

C’est un monde fascinant que celui des Anges et des Démons. Que l’on y croie ou pas, c’est une matière puissante qui, brassée en profondeur, peut « sacrément » inspirer. Après tout, c’est une partie de la culture dans laquelle nous baignons.

C’est aussi une tradition… assez drôle, au final. De voir ces catalogues entiers d’entités angéliques ou démoniaques étalés dans des ouvrages à vocation savante — les 72 anges de la Clef de Salomon, les innombrables démons du Dictionnaire Infernal de Collin de Plancy — mazette, nos ancêtres savaient occuper leurs soirées au coin du feu ! Ouvrages qui eux-mêmes étaient l’exégèse de bien des traités obnubilés par une démonologie aussi fascinée que dégoûtée. Certains de ces noms de diables ont atteint la conscience collective : Bélial, Belzébuth… d’autres sont affaire de spécialistes. Et les Anges… les écrits des trois religions du Livre pullulent de hiérarchies angéliques qui ont nourri bien des commentaires, bien des controverses. Combien d’Anges peuvent tenir en équilibre sur la pointe d’une épée ? Je vous le demande. Pourtant ces êtres qui « incarnent » l’aspiration à la lumière qui nous agite tous, nous créatures. Si l’on évite de prendre tout cela au sens littéral, et qu’on les utilise pour ce qu’ils sont — des images de notre psyché — quel grand fun que ce barnum !

Nicolas Le Breton

Adieu l’artiste

Une pensée émue pour l’immense bédéaste Richard Peyzaret alias F’Murr, qui s’est éteint le 10 avril dernier. L’auteur du Génie des alpages avait eu la grande gentillesse de nous offrir un mouton original lors de nos débuts (pour une couverture de Fiction).