Une petite pause

On ose à peine vous l’avouer, mais la semaine prochaine… les Moutons électriques seront en vacances, oui, ce sera notre petite pause pas-estivale-mais-presque. Bref, du 3 au 11 juin nous allons avoir beaucoup moins de répondant, disons.

Juin 2017

Découvrir, accompagner et promouvoir des auteurs, voilà qui a toujours été au cœur de notre activité. Et s’il y a un plaisir que nous goûtons tout particulièrement, c’est bien celui de les voir s’envoler et évoluer librement, à la grande joie de leurs lecteurs. En juin, deux de nos séries phares se voient ainsi dotées d’un nouvel opus, tandis que s’ébattent déjà les plumes agiles des nouveautés de mai et que, dans les cuisines d’Hélios, s’élabore un banquet des plus surprenants…

C’est un événement, forcément : le nouveau roman de Jean-Philippe Jaworski, l’auteur best-seller de la fantasy française, arrive en librairie. Sous le titre de Chasse royale II se cache une œuvre que nous n’allons pas hésiter à déclarer majeure, tant pis si l’on nous soupçonne d’exagérer pour de basses raisons commerciales, parce que non, nous n’exagérons pas : Chasse royale II est son plus beau et grand roman, et on peut même le lire indépendamment, en dépit du fait qu’il s’agisse de la suite de la série « Rois du monde ». C’est d’un évocateur puissant, à la fois aussi entraînant que Gagner la guerre et réalisant le potentiel des deux précédents, ample, saisissant, plein d’images fortes — une œuvre incroyable.

Ce qui ne signifie pas que notre autre nouveauté du mois, Mers brumeuses de Chloé Chevalier, soit à la peine : troisième volet des Récits du Demi-Loup (qui en comporteront quatre), elle relève du meilleur de la « fantasy dynastique ». Loin des canons et des « clichés » de la fantasy, voilà une série captivante qui fait la part belle à ses personnages, des voix fortes.

Début de série en revanche : la première enquête d’un duo explosif de détectives de l’étrange, Sachem Blight et Oxiline. Après la « crapule fantasy » de Wastburg et le rétro-futurisme de Sovok, Cédric Ferrand verse dans le pulp lovecraftien un brin rigolard avec Et si le diable le permet, une aventure mystérieuse donnant naissance à deux nouveaux héros intrépides voués à vivre bien des péripéties. Complots, monstres et enquêtes, Canada années 1930, ambiance pulp et fantastique… et plus si affinité !

Quant à Alex Nikolavitch, il nous amène dans L’île de Peter. Après Eschatôn, space opera lovecraftien au souffle puissant, il entre sur le territoire de la fantasy urbaine avec son deuxième roman, qui fait entrer en collision la noirceur du polar new-yorkais et le mythe de Peter Pan. Qui est ce vieux marin qui traîne sa dégaine dans les rues de l’East Village à la recherche d’herbes médicinales très particulières et pourquoi Joab, le caïd du quartier, cherche-t-il sa piste dans des vapeurs narcotiques ? Les frontières du mythe et de la réalité se brouillent.

En juin, aussi, notre collection de poche Hélios récompense votre gourmandise littéraire, en vous offrant une anthologie (très) originale pour l’achat de deux titres. Une douceur exceptionnelle : un Hélios gratuit célébrant la bonne chère, à demander à votre libraire favori !

Les Imaginales c’est bien ! (et nous y serons)

Ce weekend, les Moutons font chauffer la camionnette et partent en vadrouille aux Imaginales à Épinale.
 
Nous n’y serons pas seuls, mais avec nos amis du collectif Les Indés de l’Imaginaire ainsi qu’en compagnie de bien des auteurs :
 
Sur notre propre table, vous trouverez, fidèles au poste :
– Julien Bétan le vendredi, samedi et dimanche
– Eva Simonin le vendredi et le samedi
– Alex Nikolavitch le dimanche.
 
Et en librairie :
– Christine Luce
– Estelle Faye
– Stefan Platteau
– Jean-Philippe Jaworski
– Xavier Mauméjean
– Johan Heliot
– Sara Doke
– Christian Léourier
– Melchior Ascaride
– Mathieu Rivero
 
 
#fantasy #dédicace #salon #onvasamuser #veneznombreux #lesimascestbien

« Sur les traces de Frankenstein » par André-François Ruaud

Nous vous livrons régulièrement des « mots de l’éditeur » sur nos nouveautés, juste un petit texte à chaque fois afin de vous expliquer, de manière très personnelle, comme en confidence, l’origine d’un livre… Cette fois-ci, André-François Ruaud vous parle de son essai passionnant sur la plus fameuse des créatures : Sur les traces de Frankenstein.

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C’était il y a déjà dix ans de cela. La collection phare des Moutons électriques était alors la « Bibliothèque rouge », un concept assez original que j’avais mis au point avec la complicité de Xavier Mauméjean : des biographies de grandes figures mythiques de la littérature populaire, en particulier du roman policier. Nous avions publié des bio de Sherlock Holmes, Arsène Lupin, Hercule Poirot, Fantômas, Maigret et James Bond… et nous avions envie d’élargir un petit peu la collection. Vers l’aventure, par exemple. Un projet sur Conan commençait à prendre forme, un autre sur Tarzan échoua à de multiples reprises, et je bossais alors avec une assistante, Isabelle Ballester, et un stagiaire, Nicolas Lozzi.

En discutant avec eux, une envie nous vint de traiter de deux autres grandes figures mythiques, cette fois du fantastique : Dracula et Frankenstein. Immédiatement, Isabelle me demanda à lui laisser le grand vampire, auquel elle s’intéressait alors. Et tout naturellement, j’eus envie de me pencher sur le monstre de Frankenstein…

Enfin, « tout naturellement », c’est vite dit : très porté à la fois sur la fin du dix-neuvième et sur l’entre-deux-guerres, je n’avais pas particulièrement de compétences dix-huitiémistes — mais je pris cela comme un défi. Je me sentis très excité, en fait, par cet imaginaire qui s’ouvrait soudain devant moi : le romantisme, la première révolution industrielle, le gothique… Je me plongeai avec délice dans toute cette culture, lus des biographies de Percy Shelley et de Lord Byron par Maurois, me plongeai dans les vies tumultueuses de Mary Shelly, de Polidori ou de Claire Clairmont, étendis mon intérêt aux Lunar Men d’Erasmus Darwin, relus à la loupe le Frankenstein de 1831, découvris celui de 1818, dévorai quantité d’essais, allai même dénicher l’autobiographie du prétendu pirate John Trelawnay… Bref, ce fut pour moi l’occasion d’une plongée aussi rafraichissante qu’enrichissante dans plusieurs époques, avec le défi intellectuel de relier tout cela, de tisser les créateurs et la créature ensemble, si j’ose dire.

Quelques années plus tard, je me rendis chez un illustrateur afin de récupérer chez lui des travaux autour des mythes lovecraftiens – nous préparions Les Nombreuses vies de Cthulhu (dont la réédition vient de sortir, sous le titre Cthulhu !). J’étais pas mal en avance, il faisait beau, je m’assis sur un banc dans un square et, ayant apporté pour l’offrir mon Frankenstein, je me mis à me relire. Je n’ai pas l’habitude de m’admirer dans le miroir de ma propre prose, promis, une fois un livre paru je ne le relis à nouveau que s’il faut effectuer une réédition… Mais cette fois, je me relu, avec l’œil neuf, le recul que procure le relatif oubli de ce que l’on a bien pu rédiger auparavant… Et dois-je l’avouer ? Il me sembla ‘achtement bien, ce petit livre ; certainement une des meilleures choses que j’avais jamais écrite, en fait.

Alors voilà, l’an dernier comme nous cherchions s’il n’y aurait pas quelques anciens textes des Moutons électriques auxquels nous pourrions donner une nouvelle vie… je me souvins de mon Frankenstein, qui correspondrait sans doute bien à notre nouveau petit format. On allait fêter les 200 ans de la création du roman, parfait. Et puis tenez, le hasard faisant bien les choses, Mauméjean avait bossé sur Frankenstein pour une dramatique de France Culture : il me fit un excellent directeur littéraire pour cette réédition. Sous sa docte férule, je repris, retouchai, repeignai, augmentai un petit peuSur les traces de Frankenstein naquit ainsi.

A.-F. Ruaud