CSG des écrivains : écrivez à vos députés

Pour le moment, rien ne semble pouvoir empêcher le gouvernement de faire subir dès 2018 une hausse de la CSG qui induira une baisse des revenus d’auteurs de 2,4 %. Nous, éditeurs, allons payer plus cher puisque nous devrons régler cette CSG plus élevée, mais les artistes-auteurs, travailleurs (rappelons-le !) déjà précaires, n’auront rien pour compenser cette hausse du prélèvement contrairement au reste de la population active.

C’est pourquoi nous nous permettons de relayer un courrier type préparé par le syndicat SELF, afin de vous suggérer d’interpeller vos députés, ainsi que la présidence de la République et les ministres concernés.

Ce courrier type est ci-dessous, il vous est possible de le personnaliser et de le transmettre à vos contacts.

En vous remerciant de votre attention,

Les Moutons électriques

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Monsieur/Madame

Le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2018, en cours d’élaboration, prévoit une hausse de la CSG de 1,7 %. Contrairement à ce qui est prévu pour le reste des actifs qui verront leurs revenus augmenter, cette hausse se traduira, pour les artistes-auteurs dont les revenus sont essentiellement ou totalement issus des droits d’auteur et des ventes d’œuvres, par une nouvelle baisse. En effet, les artistes-auteurs professionnels, ne cotisant pas à l’assurance chômage (et n’en bénéficiant donc pas), verront baisser uniquement leurs cotisations d’assurance maladie, ce qui creusera un différentiel de près de 2,4 % avec le reste de la population active.

En tant qu’artiste-auteur [écrivain/traducteur/illustrateur et/ou dessinateur/photographe/artiste plasticien]*, je m’adresse à vous pour vous exprimer ma totale incompréhension et ma réprobation quant à cet état de fait. À l’heure où les déclarations des plus hautes autorités de l’État soulignent la nécessité de faire rayonner la culture française, cette inégalité de traitement viendrait fragiliser un peu plus des professionnels de l’image et de l’écrit en butte depuis des années déjà à la paupérisation et à la précarité.

J’attends de vous que vous preniez toute la mesure du problème et usiez de votre influence afin qu’il soit mis fin à cette inégalité de traitement. A minima, il faut réserver aux artistes-auteurs de notre pays le même sort qu’aux autres actifs français.

Bien cordialement

/Signature/

* /Personnaliser selon votre situation personnelle./

**

Chercher et prendre contact avec le député de sa circonscription :

http://www2.assemblee-nationale.fr/recherche-loc…/formulaire

Prendre contact avec le président de la République :

http://www.elysee.fr/ecrire-au-president-de-la-republique/

Adresse postale : 55 Rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris (l’envoi à cette adresse d’un courrier postal de moins de 20 g est gratuit)

Prendre contact avec le premier ministre :

http://www.gouvernement.fr/conta…/ecrire-au-premier-ministre

Adresse postale : 57 Rue de Varenne, 75007 Paris

Prendre contact avec la ministre de la Culture :

https://lannuaire.service-public.fr/…/cabinet-ministeriel_1…

Adresse postale : 182 Rue Saint Honoré, 75001 Paris

« Quatre volumes bourrés d’émerveillement » par André-François Ruaud

Nous vous livrons régulièrement des « mots de l’éditeur » sur nos nouveautés, juste un petit texte à chaque fois afin de vous expliquer, de manière très personnelle, comme en confidence, l’origine d’un livre… Cette fois-ci, André-François Ruaud évoque la naissance d’un projet aussi fou qu’original : celui des « Artbooks féeriques ». 

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En cette fin d’année, les Moutons électriques publient quatre livres comme ils n’en ont jamais fait : quatre petits livres d’art, et je dois dire que les avoir devant moi, au moment où je tape ces lignes, continue à m’enchanter et me surprendre tout à la fois. Du genre « ouaah c’est nous qui avons fait ça ? ». Un projet un peu fou, un peu hors-norme, et qui a  une petite histoire…

Les projets éditoriaux n’ont pas forcément une source très simple. Dans ce cas précis, je peux cependant pointer du doigt les deux moments, les deux envies, dont ils naquirent. Tout d’abord il y avait notre grosse encyclopédie, le Panorama illustré de la fantasy & du merveilleux : aussi illustré qu’il soit, et il l’est moultement, il restait encore tant et tant d’artistes à couvrir… comment le faire ? Et puis il y eut ma rencontre avec un graphiste bordelais, Philippe Poirier, qui s’avéra être collectionneur d’illustrations anciennes. Un jour que nous partions à un concert, il me confia sa passion pour l’illustrateur britannique William Heath Robinson et me suggéra de lui consacrer un beau livre. Au début, j’étais circonspect, le livre d’art ce n’était pas le domaine des Moutons, tu es sûr ? Et puis quand je lui rendis visite, ce fut moi qui fus sûr : devant l’étalage de tant de trésors, comment mon âme d’éditeur ne pouvait-elle pas palpiter d’envie ? Mais outre du William Heath Robinson à foison, l’ami graphiste possédait aussi beaucoup d’Edmund Dulac et d’Arthur Rackham. « Eh, Philippe, si on faisait non pas un, mais trois bouquins ? »

L’idée chemina, et inspiré par l’ancienne « petite collection » de chez Taschen, je décidai avec le chef de fab’ pour un petit format souple, pas trop cher à produire, mais néanmoins très esthétique. Le projet était tout de même bien fou, un peu trop pour nous à dire vrai, et un « crowdfunding » Ulule fut donc lancé, sans lequel nous n’aurions pas pu mener ce projet. Et puis, dans le cours de cette campagne de financement, l’option d’un quatrième volume fut avancée — je songeais à une monographie sur 5 ou 6 autres grands illustrateurs, mais intervint là notre amie Christine Luce, grande collectionneuse et autre fana de l’art illustratif. Son idée : prolonger le Panorama avec une sorte de mini encyclopédie de l’illustration féerique… Ce fut donc le volume Grands peintres féeriques, sur lequel elle travailla d’arrache-pied, avec toute une belle équipe de collaborateurs. Pour ma part, je m’attelai à la rédaction de trois biographies pour les trois autres volumes — gros et long travail, mine de rien —, avec en bonus une intervention de Xavier Mauméjean sur les machines de Robinson. Et puis les scans, et puis les scans, et puis les scans. Et les traitements d’images, et les mises en page… Un travail considérable, qui nous laissa pantelants, les yeux brûlants… mais heureux, au vu du résultat ! Assez fiers, même. Quatre volumes bourrés d’images splendides, de découvertes, d’émerveillement.

Septembre 2017

Allons, allons, séchez vos larmes : certes c’est la rentrée, mais nous avons tant et tant de bonnes choses à vous faire lire !

Il y a par exemple Espérer le soleil de Nelly Chadour : Staline ayant déclenché l’enfer nucléaire, le monde en 1951 survit difficilement, sous la chape de nuages qui le plonge dans une nuit et un hiver presque perpétuels. C’est l’hiver nucléaire, et dans les ombres continues des monstres sont apparus, les créatures des mythes que l’on croyait imaginaires : vampires, fantômes, monstres de toutes sortes… Autrice ayant fait ses premières armes chez les micro-éditeurs Trash et Le Carnoplaste, Nelly Chadour a attiré notre attention par sa plume virulente, robuste, très évocatrice et très actuelle. [titre également disponible en numérique]

Et puis, Malheur aux gagnants. Vous connaissez déjà Julien Heylbroeck comme auteur chez ActuSF du très psychédélique Stoner Road. La veine principale de cet auteur angevin est cependant plutôt à chercher du côté des « pulps », de la littérature populaire et du roman-feuilleton, ainsi que de celui des films de série B et Z. L’auteur a peaufiné durant plusieurs années ce court roman, qui nous plonge véritablement dans les années trente, avec une belle véracité de ton. Mais ce n’est pas tout : roman policier fortement teinté de fantastique, ou de science-fiction puisque le « méchant » de l’histoire est une sorte de savant fou, il s’agit avant tout d’un récit drôle, enlevé, d’une puissante atmosphère et d’un imaginaire échevelé. [titre également disponible en numérique]

Du coté du poche, voici venir Fragments de l’âge ancien, un recueil où Nathalie Dau lève le voile, par petites touches, sur les événements situés en amont de son cycle « Le Livre de l’Énigme », et prolonge l’enchantement des romans Source des tempêtes et Bois d’Ombre déjà tant salués. [titre également disponible en numérique]

Une réédition : pièce majeure de notre catalogue, le recueil Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski venait d’être épuisé — nous le ressortons donc en format souple, avec dos et rabats en aplat de couleur, pour aller avec l’édition actuelle de Gagner la guerre. [titre également disponible en numérique]

Et puis enfin, vous nous connaissez, nous sommes gourmands… et nous aimons tellement les livres que, régulièrement, nous produisons à tirage ultra limité quelques beaux petits volumes. Notamment lorsqu’un projet nous arrive qui, pour être séduisant, ne trouverait vraiment pas sa place en librairie : l’anticipation ancienne, par exemple. Alors lorsque l’érudit Fabrice Mundzik nous a proposé de sortir un roman publié en feuilleton en 1898, Le Monde du vingt-cinquième siècle de Charles Kymrell, qui n’est jamais paru en volume depuis et pèse plus d’un million de signes… Eh bien, nous avons décidé d’en faire un tirage de luxe, pour le plaisir du texte, pour que ce projet existe un peu et de jolie manière.

Sherlock Holmes aux Enfers (Nicolas Le Breton)

***
« Par ordre du Très-Bas, donnez-nous l’heure à laquelle la damnation éternelle a abandonné ce corps »
Il désignait le vieux meurtrier, le premier en ces lieux. Belzébuth grogna :
« Qu’est-ce que j’en s…
— Cet insecte, interrompit Holmes, quand arrive-t-il sur un corps inerte ? Cinq heures, six heures après ? »
Belzébuth pencha la tête de côté. On aurait pu jurer que ses yeux multiples, si c’était possible, s’agrandissaient de surprise :
« Ah ? Oh, mais pourquoi ? »
Avec peu de patience, Holmes dut réitérer son explication. Cela provoqua un regain de bruissement d’ailes chez le seigneur des mouches :
« C’est une bonne idée, tiens, commenta-t-il. Mais, ces corps, là, ils ne peuvent pas être…
— … morts ? C’est l’idée. Mais répondez plutôt. À quel stade de la putréfaction ce noble insecte infernal commence-t-il à s’intéresser aux chairs abandonnées ? »
Le seigneur Belzébuth tiqua, peu habitué à être traité aussi cavalièrement. Puis une singulière nuance d’intérêt teinta son expression — pour autant que cette dernière puisse être déchiffrée. Il se décida à répondre :
« Je dirais que mes petits chéris à dix pattes se jettent sur les membres coupés — ceux qui ne sont pas redévorés, s’entend bien — avant que cela ne devienne raide, et tout à fait froid.
— Avant la rigor mortis, évalua Holmes. Deux à trois heures. Ou davantage… avec l’humidité qui règne ici ! Hum, cela est donc cohérent avec la livor mortis, et l’accumulation de sang maximale en dessous… »
Le reste se perdit dans un marmonnement. Holmes s’absorba en calculs, assisté par Phosphoros qui lui tendait le Mégnin déployé sur ses tables de calcul.
« Mais où êtes-vous ? », susurra Belzébuth. Le roi des Enfers n’en saura pas davantage : d’un geste, Holmes fit mine à Sammaha de couper le lien sigillé. Le succube détruisit le symbole d’un balayage hâtif. La face du seigneur des mouches s’effaça.
Restait à Holmes à comparer. Il examina les corps les uns après les autres. Il se penchait au-dessus d’un adolescent, quand un détail capta son attention : un ver bien vivant sortait de la bouche immobile. Un ver affreux, velu et garni d’une gueule dentée, tout entier vision de cauchemar. Qui s’évanouit dans l’air, en un petit nuage irréel.
Holmes ouvrit grand les lèvres, plongea sa loupe entre les dents inertes du cadavre, observa avec minutie. Il claqua des doigts :
« Phosphoros ? »
L’ange déchu claudiqua jusqu’à Holmes et Mary. Sherlock demanda l’une de ses épingles à cheveux à Mary. Elle obtempéra : une de ses mèches retomba souplement, barrant son visage d’un éclair doré, ce qui ne laissa pas de troubler Holmes, qui se remémora l’étrange balafre apparue puis effacée.
Il chassa ces pensées. Muni de l’épingle, Holmes la plongea avec mille précautions dans la gorge du mort. Au moment où le majordome infernal parvenait à leur niveau, Sherlock Holmes exhiba sa découverte au bout de la pince transformée en lancette.
Un morceau de fruit blanchâtre, marbré de veines brunes de pourriture, et partiellement mâché. Trois ou quatre vers semblables à l’autre faisaient leurs délices de ce repas immonde.
Sans l’anneau d’argent à leur doigt, nul doute que Holmes comme Mary ne se soient jetés sur le morceau pour le dévorer à leur tour, asticots et pupes y compris… Ses sucs exhalaient un attrait irrésistible sur les sens, faisant oublier sa corruption avancée.
L’ange déchu et le démon succube sursautèrent, en proie à la surprise et au choc les plus absolus. Puis Sammaha se jeta en avant, droit sur le morceau de fruit pourri. Le bâton de Phosphoros intercepta le succube au vol, l’assommant pour le compte. Phosphoros tourna alors toute son attention sur le fruit.
Une aura de puissance terrible entoura le majordome, occultant la roche et les cadavres derrière lui. — une étrange lumière grise, qui vira au blanc, puis rosit, s’acheva en un rouge profond. Enfin, comme si Phosphoros reprenait le contrôle de ses réactions, la force qui faisait trembler l’air autour de lui, bourdonnait dans les oreilles et remuait les tripes des témoins présents, cette force reflua, disparut comme si elle ne s’était jamais manifestée.
Il reprit sa longue trique tombée au sol, embrocha le bout de pomme corrompue de la pointe, comme pour se défendre lui-même d’y toucher. :
« L’affaire est plus grave que je ne le pensais. Nous avons audience. Audience avec Satan. »
***