Novembre 2020

Cliquez, collectez : que le confinement soit au moins profitable à vos lectures ! Le livre demeure une formidable valeur refuge, un bien essentiel auquel nous croyons dur comme fer. Mieux : en dépit des circonstances et afin de renforcer notre travail, notre équipe accueille ce mois-ci deux nouveaux membres, Erwan Cherel à la communication et à la « relation libraires » et Roman Debaque à la logistique. Bienvenue !

Un jour, lors d’un salon à Bruxelles, Mérédith Debaque, le numéro deux des Moutons, évoquait l’envie de mettre en chantier un beau-livre sur le celtisme et son influence sur notre imaginaire. Se retournant, l’autrice Sara Doke alors en dédicace nous affirma qu’il lui fallait diriger un tel volume. Quelques années plus tard, voici le bel objet, l’un des plus beaux de notre catalogue. Fort du superbe travail iconographique de toute notre équipe et de textes passionnants rédigés par des connaisseurs passionnés, Celtes  ! s’impose comme la référence culturelle dont nous rêvions sur ce sujet.

En poches, sous le label Hélios, notez que nous rééditons deux de nos meilleurs titres, lesquels nous ne voulions pas les garder épuisés : science-fiction et pirates pour deux romans de premier ordre, L’Île au trésor de Pierre Pelot et Les Pilleurs d’âmes de Laurent Whale, deux invitations au voyage et à l’aventure.

Sur le front des livres numériques, l’autre grande option de lecture en temps de confinement, nous menons depuis quelques mois une politique de sorties exclusives de titres rachetés à d’autres éditeurs. Ainsi, après des nouveautés de Nelly Chadour, Julien Heylbroeck, Christine Luce, Michel Pagel, André-François Ruaud ou Dominique Warfa, nous sortons ce mois-ci Ariel d’Olav Koulikov, qui regroupe l’intégrale d’un cycle de planet opera très LGBT friendly  ; Les Mages de Sumer, premier volet du diptyque des Immortels de Michel Pagel  ; et Quantiques et consciences, qui continue la réunion des œuvres du grand nouvelliste belge Dominique Warfa.

Une semaine des éditeurs

Durant toute cette deuxième semaine de novembre, les Moutons électriques vont être en « séminaire ». Mais pas de détente autour d’un bon plat mijoté par Mérédith, pas de cidre dans un pub, pas de petit restau libanais, rien de ce fort lien social que nous aimons cultiver entre nous : cette fois, bien entendu, nous serons en visio. Boulot, boulot, donc, et l’on va tâcher de malgré tout faire fonctionner cette réunion, d’activer les « brainstormings » en dépit de l’isolement de chacun et du truchement froid des écrans.

Alors André, Christine, Erwan, Melchior, Mérédith, Roman, Sarah et Vivian vont discuter, étudier, calculer, prévoir. Nous allons projeter un programme 2022 des publications (eh oui, déjà) en dépit de toutes les inconnues. En dépit de toutes les pertes, aussi. Car il faut bien parler de ce qui ne va pas, et vous vous en doutez : alors que depuis notre entrée chez le diffuseur-distributeur Media Diffusion / MDS (et e-Dantès pour le numérique), nous nous étions refait une solide santé, patatra, confinement, reconfinement, fermeture des libraires françaises, et notre trésorerie qui fond. Nous avons calculé que nous avons perdu au moins 110 000 € depuis le début de la pandémie, et il s’agit d’une estimation basse. 110 000 € sur un chiffre d’affaire annuel moyen de 300 000 € : plus d’un tiers. Avec les dangers supplémentaires d’une éventuelle prolongation de fermeture sur la période de Noël et quant aux retours du début d’année. Toute l’économie se trouve en difficultés, bien sûr : voici les nôtres.

C’est ainsi, et pour autant nous ne baissons vraiment pas les bras. La preuve : pour faire face aux circonstances actuelles, renforcer notre travail et nous garantir une sérénité indispensable à notre mission éditoriale, notre équipe accueille deux nouveaux membres. Erwan Cherel s’occupe dorénavant d’une partie de la communication, et surtout, devient notre « relation libraires », poste capital de nos jours, afin d’informer au plus près vos guides locaux en littérature. Il s’affairera également autour des archives du regretté Roland C. Wagner, un de nos auteurs cultes de S.F. De son côté, Roman Debaque prend en charge la logistique : gestion de nos espaces de stockage, des stands lors des salons, de la vente par correspondance et des services de presse.

Et nous bouillonnons d’idées et de projets — la crise nous a obligé à reporter un certain nombre d’ouvrages, à en annuler trois, et à repousser d’une bonne année un grrrand projet top secret, mais ce n’est pas l’énergie qui manque, ni le moral ! Alors nous bossons, et pour votre part chères lectrices et chers lecteurs, commandez et lisez, commandez et lisez : nous avons besoin de vous.

Un mot des éditeurs

Beaucoup d’éditeurs s’expriment, un syndicat des indépendants s’esquisse peut-être, le président de notre pays n’a pas dit un mot du domaine du livre dans sa dernière intervention, la Poste continue à faire la sourde oreille devant les demandes de création d’un tarif spécifique pour le livre…

Parmi eux, quelle parole ajouter  ? Eh bien, par exemple, comme pour beaucoup, le constat de la surproduction de livres. L’un de ses effets est de réduire, au sein de nos genres, les chances des textes un peu différents — les expérimentaux, les excentriques, les divertissements plus confidentiels — et de ceux qui se contentent avec bonheur de raconter une bonne histoire. Tous apportent à la littérature de l’imaginaire des textures et des plaisirs nécessaires à sa richesse culturelle. Malheureusement, ces romans, nous ne parvenons plus à bien les «  porter  », à leur offrir un lectorat satisfaisant, et, il faut l’avouer, à les rentabiliser. Contraints de les écarter, nous abdiquons chaque fois à regret.

Ce drame silencieux s’explique en partie par la position délicate de l’imaginaire dans les librairies indépendantes non spécialisées. Nos livres n’y trouvent pas toujours leur place, faute à une tradition française qui a longtemps rejeté les littératures de genre : les libraires manquent parfois d’expérience pour aborder nos productions, pour en comprendre les enjeux. Nous souhaitons améliorer notre dialogue avec eux, il s’agira même de notre chantier numéro un : parvenir à séduire un peu plus ces belles petites librairies qui, pour l’instant, demeurent closes à nos éditions, et accompagner leurs libraires dans ce territoire, celui des littératures de l’imaginaire.

Il y a des stratégies possibles, nous y réfléchissons.

Surproduction, ce ne sera pas chez nous le cas en cette fin d’année, avec l’abandon de deux livres (hélas) et le report de 7 autres d’un an ou plus. Et nous avons restructuré dans la foulée notre programme 2021 — nous verrons encore à l’aménager s’il le faut. Pour autant, dans l’incertitude et l’anxiété, veillant tant que nous le pouvons d’être à jour des paiements de nos auteurs, collaborateurs et imprimeurs, nous veillons également à continuer de rêver, d’imaginer, de nous projeter vers le futur.

Même s’il s’agit d’un pari risqué, nous investissons encore : achat des droits poche de deux grandes utopies contemporaines, L‘Univers-ombre de Michel Jeury et Transit de Pierre Pelot ; achat et traduction en cours d’un chef-d’œuvre de la fiction écologique, Pacific Edge de Kim Stanley Robinson, resté inédit chez nous car écarté pour raisons politiques ; achat des droits poche d’un roman fou et rebelle d’afro-futurisme, Les Dévastés de JJ Amaworo Wilson ; achat et traduction en cours d’une fantasy urbaine à la fois post-apo et utopiste, La Ville peu de temps après de Pat Murphy ; construction d’une nouvelle collection ; recherches graphiques avec Daylon (de retour !) et avec Melchior Ascaride ; négociations et contrats pour la reprise en Omnibus Voltaïque du cycle majeur d’Élisabeth Vonarburg, Tyranaël ; et également du côté du Québec, pour l’édition française du deuxième roman d’une autrice d’origine amérindienne ; accompagnement de plusieurs futurs volumes de notre « Bibliothèque dessinée » (avec au graphisme des noms comme Greg Vezon, David De Thuin, Melchior Ascaride) ; et bien sûr, accompagnement encore et toujours de nos auteurs, réguliers ou nouveaux, qui triment actuellement sur leurs romans…

Notre futur sera lumineux : promis.

André, Christine, Melchior, Mérédith & Vivian